Une lectrice, Suzanne, a réalisé cette vidéo incroyable qui compile une profusion de petites anecdotes peu connues autour du processus de création de La Passe-miroir. Elle y fait notamment mention d’une lettre au père Noël de Thorn que j’avais postée sur le site de Plume d’Argent il y a fort-fort longtemps et qui n’existe plus depuis.
Suzanne, en remerciement, voici la lettre en question :
Citacielle du seigneur Farouk
Administration familiale du Pôle
Cabinet de l’Intendance
(47ème sous-sol)
À Monsieur Noël
Manufacturier de jouets
Objet de la présente : ordonnance d’expulsion exécutoire de l’arche
Monsieur,
Attendu que vous n’avez pas tenu compte de mes précédents courriers, je vous soumets cette ultime relance pour vous sommer de quitter le territoire et d’établir votre commerce sur une autre arche. Si vous vous obstinez à ne pas obtempérer de votre plein gré, des gendarmes seront dépêchés sur place : ils vous mettront dans le premier dirigeable en partance sans vous laisser la licence de rassembler vos amusettes.
Pour rappel, la décision arrêtée par mon Intendance est le fait d’une conjonction de plaintes posées contre vous depuis votre installation au Pôle. Je les rappelle à votre bon souvenir ci-dessous.
Monsieur Noël, il a été établi que votre attelage n’était pas conforme aux normes de sécurité et ne suivait pas les couloirs aériens autorisés. Vous vous êtes rendu responsable il y a trois ans de la chute de cinq cent mille kilogrammes de jouets – une commande de soldats en fonte, précise le rapport qui m’a été remis – au moment où vous survoliez la propriété de Monsieur Archibald. Le fumoir du Clairdelune a été ainsi entièrement dévasté et le susmentionné Monsieur Archibald a subi de graves blessures, ainsi qu’une invitée qui lui tenait alors compagnie.
Notez que mon Intendance est intervenue en votre faveur pour vous éviter des complications judiciaires qui auraient immanquablement débouché sur votre exécution. J’aurais même poussé le zèle jusqu’à vous exempter du remboursement des dégâts si Monsieur Archibald n’avait pas survécu à ses blessures, mais nous nous éloignons du sujet.
L’an passé, un nouveau chef d’accusation a été retenu contre vous. En effet, vous avez expressément refusé de livrer ici-haut les sept cent berlingots dont il vous a été passé commande. Le motif de votre annulation était par trop succinct.
Je vous cite : « Tu n’as pas été assez sage. »
Vous auriez gagné à engager un avocat rôdé aux subtilités de nos tribunaux, Monsieur Noël : le plaignant, notre seigneur Farouk, n’a que très moyennement apprécié. J’ai dû déployer toute la machine judiciaire de mon Intendance pour vous tirer encore une fois d’affaire. En vérité, votre sens de la franchise a attiré, sinon ma sympathie, du moins mon désir de vous épargner de lourdes retombées pénales.
Cette année, vous ne pourrez malheureusement pas composer avec mes providentielles interventions. De fait, je suis aujourd’hui celui qui porte plainte contre vous.
Peut-être ne l’ignorez-vous pas, mais le contrôle postal compte parmi mes attributions d’Intendant. L’ensemble du courrier entrant et sortant de la Citacielle passe par mon bureau.
Avez-vous la plus petite notion du nombre de lettres que je reçois accidentellement en votre nom, Monsieur Noël ? Je suis littéralement submergé. Toute l’administration est paralysée à cette époque de l’année à cause de gosses qui ne savent pas écrire correctement une adresse sur une enveloppe. Si je mettais bout à bout toutes les listes de jouets que cette horripilante marmaille a fait déferler dans mon cabinet depuis que je suis en fonction ici, il y aurait de quoi rivaliser avec notre réseau ferroviaire.
J’ai les enfants en aversion, Monsieur Noël. Recevoir chaque année plusieurs centaines de milliers de caprices mal orthographiés et puants d’autorité, c’est désormais au-dessus de mes forces. J’ai vu suffisamment défiler de cher papa Noël pour m’avoir fait passer définitivement l’envie de procréer à mon tour, n’en déplaise à ma famille et à celle de ma fiancée.
Je suis donc au regret d’exiger votre déménagement, et ce dans les plus brefs délais.
Joyeux Noël,
Thorn
Post-scriptum : faites bien connaître la future adresse de votre manufacture à vos clients.
J’adore du Thorn tout craché! ❤️ Souvenir de la Passe Miroir.
Une magnifique histoire.